Muhammad avait commencé à trembler quelques mois passés. Son coeur s'était tout d'un coup rempli de crainte et d'inquiétude. Qui était-il? Valait-il assez? Est-il capable? Sera-t-il en mesure d'y arriver? Muni de sa canne et de son chien, il avançait tout de même, mais on le voyait malheureux et finalement, sa démarche devenait hésitante, car déjà handicapé, il doutait de ses perceptions. Ça n'allait pas.
Depuis que la boulangère s'était mise en ménage, la Reine ne chantait plus aussi fréquemment. Elle avait donc plus de temps. Elle était généralement joyeuse dans cette époque de sa vie, et elle ne savait pas trop pourquoi. Sans doute avait-elle lâchée prise sur des envies et des désirs, haussant les épaules aux besoins d'antan, se délestant de la frustration et de la misère de vide inassouvi.
Plusieurs fois par semaine, elle se réunissait avec Muhammad. Elle aimait la compagnie de cet homme posé, avec qui elle pouvait débattre, argumenter, rire. Elle voyait bien qu'il n'allait pas, qu'il se posait des questions inutiles, qui plutôt que de le faire progresser, comme il le croyait, le paralysait, le rendait hésitant.
Ils étaient ensemble et Muhammad parlait de ses doutes, de ses questionnements. La Reine à un certain moment se mit à glousser et changea de siège. Muhammad se tut. Puis, elle passa en arrière de lui et le pinça, toujours en riant.
M: Mais Paula (c'était le nom de la Reine, personne ne le savait à part lui), que faites-vous?
R: Je déconne.
M: Vraiment? Vous...? Une femme si sérieuse?
R: Allez, on va faire une promenade!
M: Où?
R: aucune importance, on bouge!
Ils se mirent à marcher, puis prirent la voiturette de golf royale et ce fut un moment très gai.
R: Muhammad, vous savez quoi? Nous devrions habiter ensemble.
M: Vous croyez?
R: Oui. Pour l'instant, on ne couche pas ensemble, mais dès le matin, on se lève et on se parle. Comme ça, il n'y a pas ces espaces vides où l'on pense pour rien.
M: Vous croyez?
R: Oui, je le crois, de toute manière, dit-elle en souriant, je ne vous laisse pas le choix!
M: Vraiment? en fait, c'est sûrement mieux ainsi!
mercredi 7 mars 2012
Le sentier
Évidemment,
Comme tout bon magicien, il disparut aussitôt.
Juste avant de disparaître, il prit une mine contrite et dit, le téléphone sur l'oreille: je me suis trompé de numéro. Et pouf! Disparu! Seulement, un nuage de poussière d'or et une lettre pliée en 4.
Je fus tenté de lire la lettre, mais je l'ignorai. De toute manière, la pauvre chèvre se précipita sur la lettre pensant que c'était de la nourriture qui lui était destinée et commença à la mâcher toujours accompagné de ce regard vide que diffusait ses yeux. Je haussai les épaules en me disant que les histoires des autres pouvaient bien rester dans leur crâne et ne pas confluer avec la mienne.
Je regardai le chemin devant moi ne sachant pas quelle direction prendre. Vers la droite, un chemin de montagne qui semblait fort joli, mais rocailleux et, surement, plus tard, escarpé. (pour quoi??? arriver à la fin du chemin, un magnifique paysage, être seul et m'emmerder?) vers la gauche, une pente douce, accueillante qui mène vers une ville (pour arriver dans un endroit que je ne connais pas bondé de gens???)
Ou encore devant moi, sur cette page que j'écris?
Peut-être, pourrais-je simplement rester ici un temps et écrire des poèmes pour les passants?
Je soupirai tout en regardant la chèvre mâcher la lettre du magicien.
Comme tout bon magicien, il disparut aussitôt.
Juste avant de disparaître, il prit une mine contrite et dit, le téléphone sur l'oreille: je me suis trompé de numéro. Et pouf! Disparu! Seulement, un nuage de poussière d'or et une lettre pliée en 4.
Je fus tenté de lire la lettre, mais je l'ignorai. De toute manière, la pauvre chèvre se précipita sur la lettre pensant que c'était de la nourriture qui lui était destinée et commença à la mâcher toujours accompagné de ce regard vide que diffusait ses yeux. Je haussai les épaules en me disant que les histoires des autres pouvaient bien rester dans leur crâne et ne pas confluer avec la mienne.
Je regardai le chemin devant moi ne sachant pas quelle direction prendre. Vers la droite, un chemin de montagne qui semblait fort joli, mais rocailleux et, surement, plus tard, escarpé. (pour quoi??? arriver à la fin du chemin, un magnifique paysage, être seul et m'emmerder?) vers la gauche, une pente douce, accueillante qui mène vers une ville (pour arriver dans un endroit que je ne connais pas bondé de gens???)
Ou encore devant moi, sur cette page que j'écris?
Peut-être, pourrais-je simplement rester ici un temps et écrire des poèmes pour les passants?
Je soupirai tout en regardant la chèvre mâcher la lettre du magicien.
samedi 3 mars 2012
Métamorphose montagnarde
Par un soir de vent modéré, je me suis endormi sur cette chétive île où, à la nage, j'étais arrivé. La chèvre était plutôt discrète et ne béguetait qu'une seule fois par jour, comme si elle possédait un jeton de cri quotidien et que, parcimonieusement, à bon escient, elle devait l'utiliser. Je ne pense pas que tel système existât réellement, mais je ne l'entendis jamais plus d'une fois s'exprimer.
Il ne pleuvait pas, il ne faisait pas froid, mais il ventait. Un vent qui n'était pas assez fort et désagréable pour m'empêcher de dormir, ni non plus pour me caresser et m'enjôler dans un sommeil lourd et porteur. Un vent assez fort pour faire bouger la mèche et l'épi, assez fort pour me jeter du sable au nez comme une fée maladroite ou tout simplement stupide.
Je m'endormis donc. Légèrement agacé.
On ne peut pas dire que ce séjour sur l'île fusse des pires. Il y a bien la fée Morgane armé de son bâton à son et de ses herbes de la nuit sans lune qui vint, aussi le Duc d'Anjou, ses bouteilles, ses tuyaux et ses histoires. Bref, on ne peut pas dire que l'on s'ennuyât. Mais je me demandais en mon sein ce que cette île rêche et sèche pouvait bien m'apporter comme trousseau outre les visites de mes amis.
Je dormis donc dans le giron de cette nuit venteuse, agité par les caprices et les volutes de l'air en mouvement.
Ce fut un contact humide contre ma joue qui me tira du tourbillon nocturne. J'ouvris les yeux et la chèvre me regardait d'une manière neutre et impartiale. Je lui rendis un regard d'adolescent outré, mais fut sidéré de constater que j'étais sur le flanc d'une montagne, une montagne chinoise, que la chèvre avait un pied attaché à une table sur laquelle reposait une assiette avec des croissants, du beurre, de la confiture et du lait.
Juste un peu en retrait, il y avait un magicien, un nain. Il me regardait avec curiosité.
La chèvre portait un collier avec une inscription. C'était écrit: vas-y!
Il ne pleuvait pas, il ne faisait pas froid, mais il ventait. Un vent qui n'était pas assez fort et désagréable pour m'empêcher de dormir, ni non plus pour me caresser et m'enjôler dans un sommeil lourd et porteur. Un vent assez fort pour faire bouger la mèche et l'épi, assez fort pour me jeter du sable au nez comme une fée maladroite ou tout simplement stupide.
Je m'endormis donc. Légèrement agacé.
On ne peut pas dire que ce séjour sur l'île fusse des pires. Il y a bien la fée Morgane armé de son bâton à son et de ses herbes de la nuit sans lune qui vint, aussi le Duc d'Anjou, ses bouteilles, ses tuyaux et ses histoires. Bref, on ne peut pas dire que l'on s'ennuyât. Mais je me demandais en mon sein ce que cette île rêche et sèche pouvait bien m'apporter comme trousseau outre les visites de mes amis.
Je dormis donc dans le giron de cette nuit venteuse, agité par les caprices et les volutes de l'air en mouvement.
Ce fut un contact humide contre ma joue qui me tira du tourbillon nocturne. J'ouvris les yeux et la chèvre me regardait d'une manière neutre et impartiale. Je lui rendis un regard d'adolescent outré, mais fut sidéré de constater que j'étais sur le flanc d'une montagne, une montagne chinoise, que la chèvre avait un pied attaché à une table sur laquelle reposait une assiette avec des croissants, du beurre, de la confiture et du lait.
Juste un peu en retrait, il y avait un magicien, un nain. Il me regardait avec curiosité.
La chèvre portait un collier avec une inscription. C'était écrit: vas-y!
jeudi 16 février 2012
Floush
Je suis sorti de l'eau. Salée.
C'est la mer. J'ai nagé longtemps. Très longtemps.
Je suis parti de l'île en septembre. Pour aller vers un territoire meilleur.
Et puis j'ai beaucoup nagé. L'eau était froide. Un peu houleuse. Mais rien qui pouvait menacer ma vie.
Je nage bien. Mais des fois, je suis fatigué et aussi ça m'emmerde.
Il y a quelques semaines, je suis monté sur une île, pas plus grande que moi.
J'ai respiré un peu. Ça m'a donné courage: il y a des îles! me suis-je dit. Je commençais à penser que j'aurais nagé toujours. Puis, j'ai replongé, plus détendu.
On m'a bien parlé de certains territoires, mais je ne sais pas clairement où ils sont ou encore ce qu'ils valent...mais j'y vais.
Cette nouvelle île est plus grande. Je peux tout de même voir le début et la fin. Plus longue que large.
Il fait tout de même chaud. Il y a des escargots et aussi une chèvre. UNE chèvre. De l'herbe salée, des arbustes, une table et du papier.
Ça m'apaise un peu."Bon, il y a des îles plus grandes."
Mais ce serait con d'y rester. Je peux faire un feu. Boire le lait de la chèvre et la manger avant de quitter. Pauvre chèvre. Je n'aimerais pas être à sa place. Juste un peu, je vais rester; question de faire mes forces, de me donner espoir et de m'y ennuyer. Après, je repartirai.
C'est la mer. J'ai nagé longtemps. Très longtemps.
Je suis parti de l'île en septembre. Pour aller vers un territoire meilleur.
Et puis j'ai beaucoup nagé. L'eau était froide. Un peu houleuse. Mais rien qui pouvait menacer ma vie.
Je nage bien. Mais des fois, je suis fatigué et aussi ça m'emmerde.
Il y a quelques semaines, je suis monté sur une île, pas plus grande que moi.
J'ai respiré un peu. Ça m'a donné courage: il y a des îles! me suis-je dit. Je commençais à penser que j'aurais nagé toujours. Puis, j'ai replongé, plus détendu.
On m'a bien parlé de certains territoires, mais je ne sais pas clairement où ils sont ou encore ce qu'ils valent...mais j'y vais.
Cette nouvelle île est plus grande. Je peux tout de même voir le début et la fin. Plus longue que large.
Il fait tout de même chaud. Il y a des escargots et aussi une chèvre. UNE chèvre. De l'herbe salée, des arbustes, une table et du papier.
Ça m'apaise un peu."Bon, il y a des îles plus grandes."
Mais ce serait con d'y rester. Je peux faire un feu. Boire le lait de la chèvre et la manger avant de quitter. Pauvre chèvre. Je n'aimerais pas être à sa place. Juste un peu, je vais rester; question de faire mes forces, de me donner espoir et de m'y ennuyer. Après, je repartirai.
dimanche 12 février 2012
La boulangère se met en ménage
Ça se fit plutôt simplement:
Un jour, il arriva avec un bouquet de fleurs blanches qu'il avait acheté, agrémenté de fleurs des champs cueillies au passage et avec soin. Il était grand et assez bâti. À ce qu'il lui a raconté par la suite, il l'avait observée pendant des mois- elle, elle ne l'avait jamais vu- au marché, avec ses copines chanteuses, à la boulangerie, joyeuse et sérieuse, toujours courtoise, à l'église pendant les prières où elle affichait une mine pensive, à la librairie lisant avidement les synopsis des livres, soupesant son envie avant, parfois, d'acheter; il l'avait donc cartographiée avant de faire son geste d'offrande florale.
Elle lisait à sa fenêtre quand il arriva bouquet en main. Elle le vit ramassant des papiers qui jonchaient le sol, laissés par des passants insouciants et mal élevés. Son coeur eut un sursaut, ne serait-ce qu'une fraction de seconde, un sursaut comme une bal au bond, comme une frayeur qui se détend, comme un chat croqué au vol par un polaroïd bruyant, comme le seul clic d'un métronome pris du hoquet.
Clac, fit la clanche de la porte, le bouquet pénétrant en premier et l'homme en deuxième.
Un jour, il arriva avec un bouquet de fleurs blanches qu'il avait acheté, agrémenté de fleurs des champs cueillies au passage et avec soin. Il était grand et assez bâti. À ce qu'il lui a raconté par la suite, il l'avait observée pendant des mois- elle, elle ne l'avait jamais vu- au marché, avec ses copines chanteuses, à la boulangerie, joyeuse et sérieuse, toujours courtoise, à l'église pendant les prières où elle affichait une mine pensive, à la librairie lisant avidement les synopsis des livres, soupesant son envie avant, parfois, d'acheter; il l'avait donc cartographiée avant de faire son geste d'offrande florale.
Elle lisait à sa fenêtre quand il arriva bouquet en main. Elle le vit ramassant des papiers qui jonchaient le sol, laissés par des passants insouciants et mal élevés. Son coeur eut un sursaut, ne serait-ce qu'une fraction de seconde, un sursaut comme une bal au bond, comme une frayeur qui se détend, comme un chat croqué au vol par un polaroïd bruyant, comme le seul clic d'un métronome pris du hoquet.
Clac, fit la clanche de la porte, le bouquet pénétrant en premier et l'homme en deuxième.
dimanche 8 janvier 2012
La marieuse
Terese est assise à son bureau.
Elle retourne au travail demain.
Agrandir l'île? Transporter l'île ailleurs? Transporter la population de l'île ailleurs? Changer la vocation de l'île?
Mais y a-t-il une urgence? Pas vraiment. Seulement un malaise, une morosité.
Mais elle signe soudainement un papier. C'est le certificat d'immigration des conjoints des îliens. Oui, Terese a décidé de marier tout le monde. Tous ont besoin de bonheur et de chaleur, sauf sans doute Satan qui aime mieux sauter d'un coeur à un un autre. Cela fera du bien et détendra l'atmosphère. Et gardera tout le monde un peu occupé pour un temps.
J'ai bien hâte de voir, dit-elle.
Elle retourne au travail demain.
Agrandir l'île? Transporter l'île ailleurs? Transporter la population de l'île ailleurs? Changer la vocation de l'île?
Mais y a-t-il une urgence? Pas vraiment. Seulement un malaise, une morosité.
Mais elle signe soudainement un papier. C'est le certificat d'immigration des conjoints des îliens. Oui, Terese a décidé de marier tout le monde. Tous ont besoin de bonheur et de chaleur, sauf sans doute Satan qui aime mieux sauter d'un coeur à un un autre. Cela fera du bien et détendra l'atmosphère. Et gardera tout le monde un peu occupé pour un temps.
J'ai bien hâte de voir, dit-elle.
jeudi 15 décembre 2011
La détresse de Terese
Terese est fatiguée.
Elle est à son bureau, elle regarde la pluie tomber.
Elle sait moins clairement quelle est sa prochaine étape.
En fait, elle a besoin d'aide.
Mais, vous ne le saviez pas, elle a un mari. Un monsieur allemand un peu gros, jovial, au portefeuille bien garni, très heureux et joyeux. Léger, rieur! Il est arrivé dans le bureau avec son gros danois, mofa le chat a craché et le danois a échappé un filet de bave sur le félin hérissé et dégoûté.
Il a pris Terese dans ses bras et elle s'est mise à sangloter.
"Là, là; c'est fini". J'ai un rôti de porc et un gewurtz.
Après, je vais te prendre par derrière. Elle a cessé de pleurer et s'est assise en silence.
Elle est à son bureau, elle regarde la pluie tomber.
Elle sait moins clairement quelle est sa prochaine étape.
En fait, elle a besoin d'aide.
Mais, vous ne le saviez pas, elle a un mari. Un monsieur allemand un peu gros, jovial, au portefeuille bien garni, très heureux et joyeux. Léger, rieur! Il est arrivé dans le bureau avec son gros danois, mofa le chat a craché et le danois a échappé un filet de bave sur le félin hérissé et dégoûté.
Il a pris Terese dans ses bras et elle s'est mise à sangloter.
"Là, là; c'est fini". J'ai un rôti de porc et un gewurtz.
Après, je vais te prendre par derrière. Elle a cessé de pleurer et s'est assise en silence.
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