Il est arrivé sur sa planche à roulette avec un petit short rouge, un peu trop court. Ses muscles commençaient à saillir et un léger duvet couvrait sa lèvre supérieur. Plein de peau partout. Il a 13 ans.
A: J'ai des questions.
M: Ok, vas-y.
A: C'est qui mon père.
M: Je ne le sais pas. C'est pas moi. Je ne t'ai pas fait avec une femme. Tu es arrivé ici petit. On a vu une ombre venir te porter dans le sous-sol de la chapelle, c'est tout ce que l'on sait. Le reste est légende.
A: Ici, est-ce qu'il y a des gens qui ont des parents?
M: Bonne question...tout le monde a un début flou ici. Il y a seulement des histoires...
A: Bizarre...
M: Sauf moi, j'ai des parents...beaucoup. Des fois trop.
A: Est-ce que c'est l'fun?
M: Pas toujours, pas souvent. Disons que c'est "obligatoire".
A: Wow, fucké. Alors, c'est mieux de ne pas en avoir?
M: Non, c'est mieux d'en avoir, mais ça amène d'autres problèmes.
(Il pense)
A: Tu sais quoi? Mon pénis a grossi. J'y pense souvent et je joue avec.
M: C'est un moment agréable de la vie.
A: Je ne sais pas trop quoi en faire
M: Continue t'es dans la bonne voie.
A: Mais à un certain moment, je vais vouloir le montrer à quelqu'un d'autre...
M: Oui, je vois. Il va falloir te trouver quelqu'un de ton âge.
A: Il y en a pas ici...
M: mmmm bien vrai. Continue à jouer j'y pense. Allez, va!
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mardi 30 décembre 2008
vendredi 19 décembre 2008
Anselme sur sa trottinette
Il est arrivé plusieurs jours plus tard sur sa trottinette. C'était encore le même Anselme, mais beaucoup plus jeune à 10 ans. Il me souriait.
M: Anselme? Tu as rajeuni!
A: Oui, depuis que tu t'es excusé, je suis redevenu un enfant et je joue! Je voulais te dire que je te pardonne. Tu t'es trompé, c'est tout! Maintenant, je vais y aller. J'ai envie de jouer. Bye!
Étrange, mais logique.
M: Anselme? Tu as rajeuni!
A: Oui, depuis que tu t'es excusé, je suis redevenu un enfant et je joue! Je voulais te dire que je te pardonne. Tu t'es trompé, c'est tout! Maintenant, je vais y aller. J'ai envie de jouer. Bye!
Étrange, mais logique.
mercredi 17 décembre 2008
Anselme veut savoir
J'étais assis sur le bord de la cathédrale, fumant un calumet. Anselme s'est planté devant moi et lança à mes pieds un volatile mort.
A: Tiens, j'ai chassé cette poule pour toi!
Je regardai tristement la bête. C'était un magnifique faisan plein de panache avec une hampe de plus comme mille feux.
M: c'est un faisan, Anselme.
Il sembla alors interloqué, ne sachant pas trop ce que c'était. Il joua un peu avec la terre du bout de son pied et je l'invitai à s'asseoir auprès de moi. Il s'assit visiblement tendu de notre rencontre.
A: Tu as quelque chose à me dire, je le sais. Je te vois me regarder de biais depuis plusieurs jours.
M: En effet.
A: Quoi?
M: Je me mis à sangloter. Je voulais te dire que je m'excuse, que je suis faible, que je me suis trompé, que je t'ai fait du tort. Je croyais que tu étais un ogre qui mangeait les petits enfants, qui les auraient écrasés et détruits, mais c'était tout faux.
A: Pourquoi aurais-je fait cela?
M: Je ne sais pas, je le supposais. C'est ce que je voyais.
A: C'est ridicule! Tu es un pauvre con! Tu ne t'es pas occupé de moi sur de fausses assomptions, craignant que quelque chose arrive! C'est ridicule!
M: Je sais. Je dois te mettre par contre en garde: je vois que tu te dépasses, que tu deviens quelqu'un, que tu repousses tes limites, mais je sais que tu fais cela pour attirer mon attention, pour me prouver que j'avais tort, pour te montrer extraordinaire, digne de mon attention. Mais c'est une erreur ou à tout le moins une mauvaise motivation: tu aurais seulement pu être ordinaire, ou à tout le moins, seulement toi-même pour que je te supporte, c'est moi qui étais en faute et non pas toi! Je dois te prévenir que c'est une voie sans issue que celle-là. Je m'y suis essayé longuement, sans résultat. Je crois que je me fatigue énormément à prouver au monde que je suis extraordinaire. C'est un esclavage et souvent ça me rend triste. Il est vrai que j'ai acquis beaucoup de compétences, de vertus et d'expériences ainsi, mais ma jouissance et les résultats sont limités.
Je t'en conjure...fais-le pour toi. Essayer d'être plus parce que l'on est pas assez pour quelqu'un, c'est vain.
Il me regarda, soufflé. Aspira dans le calumet, s'étouffa et partit.
A: Tiens, j'ai chassé cette poule pour toi!
Je regardai tristement la bête. C'était un magnifique faisan plein de panache avec une hampe de plus comme mille feux.
M: c'est un faisan, Anselme.
Il sembla alors interloqué, ne sachant pas trop ce que c'était. Il joua un peu avec la terre du bout de son pied et je l'invitai à s'asseoir auprès de moi. Il s'assit visiblement tendu de notre rencontre.
A: Tu as quelque chose à me dire, je le sais. Je te vois me regarder de biais depuis plusieurs jours.
M: En effet.
A: Quoi?
M: Je me mis à sangloter. Je voulais te dire que je m'excuse, que je suis faible, que je me suis trompé, que je t'ai fait du tort. Je croyais que tu étais un ogre qui mangeait les petits enfants, qui les auraient écrasés et détruits, mais c'était tout faux.
A: Pourquoi aurais-je fait cela?
M: Je ne sais pas, je le supposais. C'est ce que je voyais.
A: C'est ridicule! Tu es un pauvre con! Tu ne t'es pas occupé de moi sur de fausses assomptions, craignant que quelque chose arrive! C'est ridicule!
M: Je sais. Je dois te mettre par contre en garde: je vois que tu te dépasses, que tu deviens quelqu'un, que tu repousses tes limites, mais je sais que tu fais cela pour attirer mon attention, pour me prouver que j'avais tort, pour te montrer extraordinaire, digne de mon attention. Mais c'est une erreur ou à tout le moins une mauvaise motivation: tu aurais seulement pu être ordinaire, ou à tout le moins, seulement toi-même pour que je te supporte, c'est moi qui étais en faute et non pas toi! Je dois te prévenir que c'est une voie sans issue que celle-là. Je m'y suis essayé longuement, sans résultat. Je crois que je me fatigue énormément à prouver au monde que je suis extraordinaire. C'est un esclavage et souvent ça me rend triste. Il est vrai que j'ai acquis beaucoup de compétences, de vertus et d'expériences ainsi, mais ma jouissance et les résultats sont limités.
Je t'en conjure...fais-le pour toi. Essayer d'être plus parce que l'on est pas assez pour quelqu'un, c'est vain.
Il me regarda, soufflé. Aspira dans le calumet, s'étouffa et partit.
vendredi 12 décembre 2008
Anselme fâché
Quand il me voit, il me fuit, le regard mauvais. Il continue à être un héros: se dépasse partout, fait de la musique, chante des airs de bravoure, du Wagner, du Bellini, du Strauss. Il est bon dans tout, se dépasse, est beau et s'organise pour que je voie ses succès de loin.
Mais il est furieux, parce que je n'avais pas su déceler plus tôt tous ces talents, qu'il me dégoûtait, que j'avais peur de lui, le croyait une menace à ma personne et aux autres. Ce que j'avais imaginé de lui est tout autre que ce que j'avais cru. Je m'étais trompé, complètement. Et il a voulu me le prouver. Me montrer que mes assomptions étaient fausses, que j'avais tort.
Moi, je me sens misérable de ne pas avoir aimé mon fils. Mais est-ce mon fils? Pas vraiment. C'est mon fils adoptif. J'en ai la garde et j'en suis le tuteur. Ainsi, je me sens moins misérable, mais encore là, j'ai failli à ma tâche.
Tristement, je sens qu'il n'y a pas d'espace pour le pardon de sa part. Les jeux sont faits, il s'est durci. Je viendrais pleurer à ses pieds en m'étendant en excuse, que ça ne donnerait rien. Ou peut-être dans une petite case de son âme, se sentirait-il soulagé de voir que moi son père, je suis un faible, un lâche, une merde, un humain à l'âme molle?
Je n'en sais rien.
Mais il est furieux, parce que je n'avais pas su déceler plus tôt tous ces talents, qu'il me dégoûtait, que j'avais peur de lui, le croyait une menace à ma personne et aux autres. Ce que j'avais imaginé de lui est tout autre que ce que j'avais cru. Je m'étais trompé, complètement. Et il a voulu me le prouver. Me montrer que mes assomptions étaient fausses, que j'avais tort.
Moi, je me sens misérable de ne pas avoir aimé mon fils. Mais est-ce mon fils? Pas vraiment. C'est mon fils adoptif. J'en ai la garde et j'en suis le tuteur. Ainsi, je me sens moins misérable, mais encore là, j'ai failli à ma tâche.
Tristement, je sens qu'il n'y a pas d'espace pour le pardon de sa part. Les jeux sont faits, il s'est durci. Je viendrais pleurer à ses pieds en m'étendant en excuse, que ça ne donnerait rien. Ou peut-être dans une petite case de son âme, se sentirait-il soulagé de voir que moi son père, je suis un faible, un lâche, une merde, un humain à l'âme molle?
Je n'en sais rien.
jeudi 9 octobre 2008
Anselme, l'ogre
Cette fois-ci, il ne pleurait pas. Il avait étendu ses excréments partout sur les murs et me fixait durement dans ses vêtements souillés. Je comprenais bien qu'il avait fait cela pour me punir de ne pas être venu le visiter plus tôt. Je pris un seau et une brosse et je me mis en frais de laver les murs. Une odeur d'urine séchée et de merde alourdissait la pièce. Je sentis qu'il devint plus léger à mesure que j'avançais dans l'ouvrage. D'une manière, je m'occupais de lui et je savais qu'il avait raison de se venger, alors je ne montrais aucun signe de mécontentement.
Un peu après, je sentis qu'il s'agitait, qu'il voulait se mouvoir. Je posai la brosse et vint m'asseoir à côté de lui. Je le sentais heureux et touché.
"À quoi rêves-tu?"
"Je rêve à des chèvres: elles montent dans la montagne et gambadent"
"Pourquoi des chèvres?"
"Parce qu'elles sont seules et avec les autres. Et que les loups peuvent les manger"
"Je vais t'acheter de nouveaux vêtements et aussi des crayons à colorier et du papier.
J'aimerais que tu apprennes à faire quelques chose entretemps. C'est toi qui choisis"
"Je vais apprendre à attacher mes lacets. J'ai quelque chose à te demander à mon tour: n'attends pas que je m'ennuie avant de venir. N'attends pas que je devienne fou et malheureux avant de penser à moi. Pourquoi ne t'occupes-tu pas de moi spontanément?"
Je mis à pleurer, debout face à lui dans le milieu de la pièce et lui criai:" Parce que j'ai peur!"
J'ai peur de toi. J'ai peur de moi.
Il me regarda et dit: Demain, je mettrai des vêtements propres et mardi, je saurai faire les lacets. Viens mardi.
Un peu après, je sentis qu'il s'agitait, qu'il voulait se mouvoir. Je posai la brosse et vint m'asseoir à côté de lui. Je le sentais heureux et touché.
"À quoi rêves-tu?"
"Je rêve à des chèvres: elles montent dans la montagne et gambadent"
"Pourquoi des chèvres?"
"Parce qu'elles sont seules et avec les autres. Et que les loups peuvent les manger"
"Je vais t'acheter de nouveaux vêtements et aussi des crayons à colorier et du papier.
J'aimerais que tu apprennes à faire quelques chose entretemps. C'est toi qui choisis"
"Je vais apprendre à attacher mes lacets. J'ai quelque chose à te demander à mon tour: n'attends pas que je m'ennuie avant de venir. N'attends pas que je devienne fou et malheureux avant de penser à moi. Pourquoi ne t'occupes-tu pas de moi spontanément?"
Je mis à pleurer, debout face à lui dans le milieu de la pièce et lui criai:" Parce que j'ai peur!"
J'ai peur de toi. J'ai peur de moi.
Il me regarda et dit: Demain, je mettrai des vêtements propres et mardi, je saurai faire les lacets. Viens mardi.
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