Je me suis souvent plaint du peu de visites à la fenêtre de ma maison. Cette maison que j'habite seul, j'en ai souvent senti les volumes, les espaces, connu les détails du plancher, la variation dans l'opacité du verre qui compose les fenêtres, la qualité de la lumière franche de janvier et modulée de juin. Le paysage de la Lande, le puits au fond de la cour et inévitablement la cohorte d'hommes nus qui courent en cercle autour de celui-ci. Mais de toute chose qui dure sans variation, l'on se lasse.
Évidemment, la meilleure façon de modifier l'existence, c'est l'Action. Lancer une roche dans l'étang cosmique et les rayons concentriques finissent par se déployer à l'infini. Mais convenons-en: lancer une roche dans un étang peut être une entreprise vaine, inutile.
Fort souvent de la fenêtre, j'ai lancé ces roches dans l'espoir que les choses changent; investissant dans l'action pour que l'univers se transforme. Mais force fut de constater que le paysage restait inchangé, nonobstant l'accumulation de roches non loin de la fenêtre.
Mais un matin de novembre les choses changèrent, il y eut d'abord un noble anglais avec son précieux lainage et sa rhétorique de pacotille; suivit ensuite l'explorateur des mers pacifiques, sa collection de carapace de tortues et sa veulerie caché dans un sac Yves Saint-Laurent; pour terminer avec le grand Héros des bandes dessinés au muscle d'airain et la bitte de bronze. Il avait aussi une rhétorique de pacotille, mais elle était plus longue à déceler. Au moins, il avait le mérite de le reconnaître. Ce pourquoi je l'aimai.
Bref, tout cela pour dire que de lancer des roches ne servit à rien. Mais pourquoi depuis novembre tout changea, que fis-je pour recevoir de si nombreuses visites?
La réponse est simple: on a construit un aéroport sur l'île et un hôtel qui permet aux nobles de l'extérieur de venir séjourner ou faire des affaires. Je n'y suis pour rien et dans une certaine mesure, cela m'en rend presque plus reconnaissant.
Hosanna au plus haut des cieux.
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jeudi 7 avril 2011
samedi 21 novembre 2009
L'espace domestique
Il règne un silence de vapeur d'eau dans la maison. Une lumière qui monte emplit les pièces et nous sommes heureux d'y respirer. Les hommes nus qui couraient sans cesse près de la maison sont disparus et restent encore en cercle les traces de leur passage. Vestiges érotiques caduques et tombants. L'herbe emplit peu à peu l'espace qu'ils occupaient de leur poursuite, de calme et de vie. Une vie vraie qui monte, qui veut, qui se dirige vers le ciel, et fondamentalement vers nulle part, car la vie n'a pas une direction précise autre que le seul vouloir de se diriger. Je respire dans ma maison et je regarde la fenêtre. Je la regarde, elle. Je regarde le verre qui nous donne la possibilité de le traverser, de le pénétrer et d'avoir accès à ce qui est en arrière. Je regarde la table, le bois, marqué des ciseaux, des coups, de l'usure, de ma maladresse, d'une bougie et marqué de lui-même, de ses failles, son grain, ses lignes pétrifiées.
Je pense à Milan. La nuit noire, les lumières dans le froid, un peu de peur, Noël autrement, une boîte de Jazz, le froid, une lumière moite. Avoir peur de tout cela à sentir et à endiguer. L'odeur des marrons qui grillent au petit matin, les décorations de Noël et l'atmosphère si différente de la fête. Les pigeons qui roucoulent et l'odeur de sexe des figuiers et du buis. Et au bout de la rue, les Alpes.
Je reviens dans ma maison dans les landes, dans la plaine. J'y suis bien. Le jour est calme, L'air humide et froid, la torpeur paresseuse de photons luttant contre le brouillard et qui, douillets, finissent par s'y plaire et même s'y établir.
Je pense à Milan. La nuit noire, les lumières dans le froid, un peu de peur, Noël autrement, une boîte de Jazz, le froid, une lumière moite. Avoir peur de tout cela à sentir et à endiguer. L'odeur des marrons qui grillent au petit matin, les décorations de Noël et l'atmosphère si différente de la fête. Les pigeons qui roucoulent et l'odeur de sexe des figuiers et du buis. Et au bout de la rue, les Alpes.
Je reviens dans ma maison dans les landes, dans la plaine. J'y suis bien. Le jour est calme, L'air humide et froid, la torpeur paresseuse de photons luttant contre le brouillard et qui, douillets, finissent par s'y plaire et même s'y établir.
mardi 16 septembre 2008
La plaine
Je regarde devant moi et il y a une plaine infinie. Les blés se meuvent au gré du vent et le soleil dore les grains. Peut-être y a-t-il aussi un cours d'eau au loin, un peu de relief quoi, pour créer de l'intérêt. Je regarde et je me sens bien. Un peu las sans doute, mais rien de bien dense comme sensation. Derrière moi, je le sais, il y a une maison, c'est la mienne. Elle ressemble beaucoup à celles que l'on dessine quand on a 4 ans. Un toit en pignon, dans le centre du pignon, une fenêtre, sous la fenêtre une porte. J'y reste seul. J'y invite bien des étrangers quelques fois, mais ils ne restent que rarement pour la nuit. Pas 2 nuits. Ils n'ont pas vraiment de raison de ne pas rester, c'est juste ainsi. Peut-être, reste-je trop en retrait? Peut-être n'y a-t-il pas assez d'emploi dans la région? Peut-être, peut-être. C'est la réponse aux questions sans réponses auxquelles on essaie de répondre seulement parce que l'on se sent mal à l'aise devant les questions. À ces questions, on devrait faire comme aux enfants de 4 ans: Parce que. Donc personne ne reste à coucher...
Personne, sauf évidemment Louis-Michel avec qui je blague, avec qui je fais des soupers, avec qui je dors quand je me sens seul. Louis-Michel mon antidote à moi-même, celui qui réussit à m'aimer dans toutes les situations et à faire de cette maison un paysage continuellement ensoleillé, qui ne permet que les clairs-obscurs des nuages passant sur les herbes, celui avec qui il fait bon se terrer durant l'orage ou la nuit, la chandelle allumée parlant de son éclat sur les murs peints à la chaux.
À ma droite, un cercle d'hommes nus qui se courent après. L'un veut celui d'en avant, et ainsi de suite. Ils courent et ne s'attrapent jamais. Un mouvement ridicule du désir où chacun veut toujours l'autre sans jamais l'atteindre.
Plusieurs solutions:
1) Mettre une roue au milieu et les obliger à moudre le grain
2) Les tuer un par un et les fumer. Beaucoup de sang.
3) Me mettre à crier, à pleurer et leur faire si peur qu'ils partent.
Des fois je cours aussi dans le cercle et je finis par avoir mal au coeur et je sors. Ça me fatigue.
Je regarde donc devant moi et je vois la plaine. Le cercle d'homme nu a disparu et je n'entends que le bruissement du vent dans l'herbage. Des fois, une peine vient me lacérer l'âme, mais rapidement, je respire et je sais que ma maison est derrière moi. Pignon, fenêtre, porte. Possiblement L-.M.
Personne, sauf évidemment Louis-Michel avec qui je blague, avec qui je fais des soupers, avec qui je dors quand je me sens seul. Louis-Michel mon antidote à moi-même, celui qui réussit à m'aimer dans toutes les situations et à faire de cette maison un paysage continuellement ensoleillé, qui ne permet que les clairs-obscurs des nuages passant sur les herbes, celui avec qui il fait bon se terrer durant l'orage ou la nuit, la chandelle allumée parlant de son éclat sur les murs peints à la chaux.
À ma droite, un cercle d'hommes nus qui se courent après. L'un veut celui d'en avant, et ainsi de suite. Ils courent et ne s'attrapent jamais. Un mouvement ridicule du désir où chacun veut toujours l'autre sans jamais l'atteindre.
Plusieurs solutions:
1) Mettre une roue au milieu et les obliger à moudre le grain
2) Les tuer un par un et les fumer. Beaucoup de sang.
3) Me mettre à crier, à pleurer et leur faire si peur qu'ils partent.
Des fois je cours aussi dans le cercle et je finis par avoir mal au coeur et je sors. Ça me fatigue.
Je regarde donc devant moi et je vois la plaine. Le cercle d'homme nu a disparu et je n'entends que le bruissement du vent dans l'herbage. Des fois, une peine vient me lacérer l'âme, mais rapidement, je respire et je sais que ma maison est derrière moi. Pignon, fenêtre, porte. Possiblement L-.M.
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