jeudi 28 août 2008

Terese regarde ses papiers

Les conclusions de Terese sont claires. Pour l'instant, ses possibilités d'expansion sont réduites. Elle est bien fatiguée, se masse les tempes, a refait ses comptes, ses projections alignées, les colonnes changées de côté...mais rien n'y fait...
Tant qu'une décision grave et irréversible ne soit prise ou qu'un changement soudain se produise, la situation restera sensiblement la même.
Elle se verse un scotch, flatte mofa et le repousse. De son bureau, elle contemple son empire, l'île, et soupire. Un soupir sans grande émotion, mais plutôt de fatigue.

jeudi 21 août 2008

Grimpant, en-dedans

L'arbre pousse dans le puits que je suis.
Il sinue, lierre.
Il tend, if.
Il rugue, chêne.
Les feuilles sont épaisses, d'un vert sombre.
Parfois même, il chante. Doucement. Humblement.
Les lèvres closes.

vendredi 11 juillet 2008

L'ogre du fond de la cave

L'ogre dort, il ronfle. D'autres silhouettes endormies bougent au gré de leur respiration.
Muhammad de son bâton le touche et lui pose des questions. Qui es-tu, que fais-tu? que veux-tu? Et l'ogre se retourne dans son sommeil, grommelle, manifeste son mécontentement et retourne à son sommeil.

On a bien peur du réveil de l'ogre. Est-ce vraiment judicieux que de réveiller un danger qui sommeille afin de savoir s'il est véritablement endormi et s'il est bénin?

Cette nuit, l'ogre s'est réveillé parce que Muhammad n'a pas cessé de l'asticoter de son bâton. Il s'est levé ensommeillé et s'est mis à hurler en se tapant la poitrine. Qui ose troubler mon sommeil? Puis tous ont eu une peur bleue et l'ogre fatigué s'est rendormi.

Et depuis l'ogre dort, mais d'un sommeil plus léger. Espérons qu'il reste bien endormi. Pour cela, Muhammad devrait bien se tenir et aller questionner d'autres gens qui ont de meilleures choses à livrer.

vendredi 6 juin 2008

Muhammad Douth en convalescence

Il était dans sa cellule depuis plusieurs mois. Parfois, il sortait avec sa canne nouvellement acquise sur la grève de l'île. On l'avait condamné à de menus travaux de jardinage, mais c'était sans penser qu'il n'y voyait rien. Il était dans ses pensées et la rage qui l'habitait s'était estompée au profit d'une grande peine calme, mais lancinante. Il pleurait souvent, en silence. Il se sentait, d'une certaine manière, apaisé.

Ce qui lui faisait du bien, c'est de saluer les gens et que parfois quelqu'un le prenne par le coude pour le remettre sur le bon chemin, pour lui éviter de se fracasser sur les nouvelles parois vitrées de la cathédrale. Il y avait aussi Brahma Ménard avec qui il parlait souvent. Ça l'ennuyait un peu, car il sentait que B.M. lui accordait ce temps par pitié, d'une part et par surveillance de l'autre. Rien de pire que la commisération. Mais enfin, Muhammad pouvait saisir la part de bien dans les gens et s'y tenir. C'était un peu nouveau puisque sa rage prenait auparavant la majeure partie de son espace. Il savait aussi que les îlois allaient lui offrir un chien pour mieux voir et pour lui tenir compagnie. C'était un espoir qui nourrissait son attente.

Il s'était détendu et se sentait moins enclin à faire douter les autres et lui-même: il voyait plus clairement en lui.

Princesse amour junkie

Encore à plat.
Princesse Amour file au rouet avec son nécessaire à crack sur la table basse. Depuis quelques semaines, elle s'est perdu dans les méandres de ses rêves, attendant le prince charmant, le voulant, le souhaitant, le créant même. Il y a bien ce Duc de l'Orignal qu'elle voit depuis un temps, mais Princesse Amour est possédée de son idéal et de ses plans. Princesse Amour cherche son idéal plus qu'une personne et les personnes, les vraies, ça leur fout les jetons.

Elle s'est mise à déprimer, à consommer, à se perdre dans son château, sur la grève et dans sa tête. C'est qu'elle est seule depuis longtemps...et que les déceptions, les amertumes, les rêves bafoués l'ont affaiblie.

Mais qui arrêtera la Princesse, qui lui fera entendre raison, qui réussira à la mettre dans la voie juste? Enfin, déjà elle va mieux, à force de s'intoxiquer et de vivre dans la radioactivité de la pensée, elle s'est un peu tannée elle-même.

Elle regarde par la fenêtre et voit son reflet défait dans la vitre. Quelle genre de Princesse suis-je? La mine tirée, les cheveux ébouriffés, l'honneur battant pavillon bas...
Elle fixa le lointain et la mer longuement, puis revint dans son alcôve et regarda son métier à tisser. D'une main, elle tint le fuseau et de l'autre y planta son pouce et le retira. Vermeil le sang coula sur son doigt, son avant-bras et macula graduellement le lin qui la recouvrait.

La douleur et la vue de son réal sang la ressaisirent .
Il fallait tout d'abord faire le ménage de sa chambre, ensuite mettre en ordre le château. Par après, elle irait rencontrer Terese Von Wartburg pour lui demander la procédure pour devenir officiellement Reine de l'île et exercer constitutionnellement un position honorifique.

Des fois, c'est tellement plus utile de se blesser soi-même que d'en laisser le soin aux autres.
Parole sante.

lundi 12 mai 2008

Princesse Amour se dévoile

Dans un lin blanc et immaculé, princesse amour déambule sur les contreforts de l'île. Cheveux au vent, lin battant, le regard se porte vers l'horizon. Ses seins amples garnissent son corsage et la peau fine et pleine accueille la brise avec humidité. Princesse Amour se dévoile et éclot comme le liseron au soir, dévoilant ses parfums et ses charmes manifestes. D'où sort ce printemps impromptu, céleste et accueillant? Comment surgit cette fontaine de glaire et de volupté? D'où viennent les oiseaux forts de leur chant et antiques en leur procédure?

Les îlois ne tarissent pas du regard de cette fleur éclose et sans pareil. Bonheur de faire et de surgir, amour immense et puissant, telles les trompettes de Jéricho, les cistres grinçants et les buccins marins. Tels les doubles choeurs vénitiens hystériques et chatoyants. Chantez peuple céleste car la Princesse Amour désire de tout son saoul et surgissent les possibles matérialisables.

Connaissez-vous! Humez votre être! Car le torrent, la fièvre et les vaches hystériques ne sauront arrêter leur marche!

mercredi 30 avril 2008

Muhammad interrogé

Dans le sous-sol de la Chapelle, Terese et Brahma sont assis derrière une table. Devant eux se dresse une lumière vive qui aveugle le prisonnier ligoté à sa chaise. C'est Muhammad Douth, le terroriste qui est ainsi séquestré. Son lance-missile portatif à côté de lui. Terese porte les bottes de cavalière de suède beige et tient sa cravache à la main.

Muhammad porte les lunettes fumées et un turban blanc un peu mal fait; blanc, sans être immaculé. Sa colère irradie tels des charbons rougeoyants. On ne voit pas ses yeux derrière ses lunettes, mais on sent bien que son regard perce le verre et les âmes.

À l'arrière Princesse Amour recopie les entretiens et doit donner les premiers soins si jamais Terese cravachait trop fort. En voici le transcript:

T: Qui êtes-vous?
M: Je suis l'envoyé de l'Unique.
B: Qu'êtes-vous venus faire ici?
M: Chercher le vrai, purifier!

Terese vient pour le cravacher, mais Brahma lui fait un bref signe de tête exprimant la négative.

B: D'où venez-vous?
M: (Le prévenu semble déstabilisé) Euh, de loin.
B: Mais de où précisément.
M: (Il semble égaré) Je ne sais plus. Ça fait bien longtemps que je suis parti d'où je viens...
B: Depuis combien de temps?
M: (Son égarement perdure). Je ne sais plus, longtemps. J'ai perdu le fil au cours du temps.
B: Alors, si je comprends bien vous êtes partis il y a longtemps d'un endroit lointain avec comme mission de chercher le vrai.
M: Oui, c'est cela!
B: Qui vous a donné cette mission?
M: Je ne sais plus, ma communauté, moi-même, des gens influents.
B: Vous vous êtes mis en quête pour trouver le vrai?
M: Oui!
B: Et qu'est-il arrivé ensuite?
M: Je ne sais plus, j'ai marché longuement. Et je cherchais le vrai, puis je ne le trouvais pas et je poursuivais ma route. Je me suis fatigué à force de le chercher. Ensuite, je me suis mis à douter: vais-je le trouver, où est-il, vais-je être capable de le trouver? Et je suis devenu triste parce que j'étais seul dans ma quête, et là je me suis perdu, je ne trouvais plus mon chemin et la seule possibilité était de continuer à aller en avant. Mais mes questions m'ont suivi et je suis devenu très fâché. Et puis, j'ai rencontré ce fourbe chinois et nous avons pris un navire ensemble, vous nous avez capturé et je suis ici.
T: Voulez-vous nous détruire
M: OUI! Je n'ai malheureusement plus de missile dans mon lance-missile alors j'utilise mon verbe en instillant le doute en vous en vue de vous faire exploser du dedans!
(Bruit de cravache)
B: Mais qu'y gagnerez-vous?
M: (Il soupire) Et bien, je pourrais peut-être me débarrasser de mon propre doute, de ma colère, de ma tristesse.
B: Pensez-vous?
M: Non.
B: De quoi avez-vous besoin? (Terese soupire)
M: Moi?
B: Oui, vous?
M; Sans doute, de repos, du même endroit pendant un temps, de voir la mer, d'enlever mon turban et de faire guérir mes yeux.
(Il ôta ses lunettes et derrière on vit des yeux voilés, aveugles)
Vous voyez, je ne vois plus. Je ne sais plus trouver ce qui est vrai. Il ne me reste que mes questions.
(Des yeux opaques jaillissent des larmes. Il baisse la tête).

Tous restèrent silencieux, tristes et dépités.


La princesse, Terese et Brahma chuchotèrent ensemble pendant un moment. Et puis Terese prit la parole, Brahma se tenant à côté d'elle:

Voici notre verdict: nous allons confisquer votre lance-missile, nous vous logerons au frais des îliens contre de menus travaux de jardinage, vous aurez une chambre qui donne sur la mer et vous serez interdit de question pour les 6 prochains mois. En échange de cela, nous vous fournirons un chien pour vous guider et nous tenterons de guérir votre cécité. Sinon, nous vous jetterons à la mer après vous avoir cravacher de tout mon saoul.
Elle asséna un violent coup sur la table faisant voler en éclat l'ampoule qui illuminait la scène. Elle tourna les talons et quitta la salle avec furie.

M: Elle est souvent comme ça?
B: Souvent.