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dimanche 14 novembre 2010

L'université (UdI)

Voilà: Brahma Ménard a fondé son université. Il en est le recteur.
On y enseigne que la philosophie et ces différentes branches. Plusieurs étudiants assistent aux cours que Brahma dispense: rhétorique, fondement de la justice, éthique et relation. Ses cours sont très prisés et les étudiants admirent ses sages paroles et son engagement. Les cours se déroule en cénacle et la discussion y est prisé. Souvent au réfectoire, les étudiants se pressent pour discuter avec lui. Il est très heureux, car son idéal de justice peut se matérialiser dans le monde réel.

lundi 5 janvier 2009

Déclaration annuelle des membres du conseil: Brahma Ménard

Chers amis!

Om Shanti!
De beaux progrès, dirais-je. Notre communauté est en meilleure forme physique et mentale. Au rang des progrès, l'apprivoisement de la solitude, la baisse de l'anxiété et la réduction et le contrôle de patterns destructeurs. Je crois dire que la conscience est plus grande (encore plus en 2009) et que l'ouverture est accrue. C'est le fruit de plusieurs années d'effort et de travail continu et constant. Je crois que notre île est dans un nouveau cycle de plus grand bonheur, vision et efficacité. Je pense que nous verrons un temps de vision plus claire, de plans établis et de succès nombreux. Je dois remercier TvW qui malgré tout son implication dans l'action et parfois avec abus, nous amène à diriger nos énergies dans des directions plus constructives, réalistes et proche de nos forces.

je souhaite une croissance de la bonté, de l'action centrée et juste, de la conscience et de la maîtrise pour cette nouvelle année. Je sens aussi que mes suggestions sont mieux comprises et que les années ont prouvé leur valeur.

Grande soit notr'île,

Brahma M.

samedi 11 octobre 2008

Correspondance du Capricorne

Mon cher ami Brahma,

C'est un penchant de ma personne que de m'intéresser aux faits. J'ai tout comme vous les yeux rivés vers le ciel, mais mon strabisme m'empêche de ne pas voir mes pieds sur le sol. Toutefois, je comprends bien que la réalité dépasse mes yeux et je vous invite par cette missive à spéculer avec moi sur la nature de l'inconnu et de son rapport avec nos vies.

Bien à vous,

Virgile

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Cher Virgile,

Comment allez-vous? Il y a bien longtemps que vous n'êtes pas venus me rendre visite; je vous sais fort occupé avec vos publications et recherches. J'ai en effet les yeux tournés vers le ciel, mais encore bien plus vers l'intérieur. Car pour moi, la nuit étoilée se poursuit en moi. Beaucoup d'espace et un peu de clarté. Quand je regarde les herbes qui poussent dans les craques du trottoir, je ne peux m'empêcher de voir qu'en notre univers, quelque chose veut, la vie veut. Et que cette énergie est forte et fondamentale, que bien des choses nous forcent à l'oublier, mais qu'à la base, elle est là partout. N'est-ce pas fascinant que de voir tout ce que nous avons édifié, les formes magnifiques de la nature, les couleurs qui nous entourent, toutes choses qui émerveillent mon regard. Et pour moi cette chose est claire: une réalité nous dépasse et elle veut, elle est omniprésente et d'une intensité inouïe. Je crois même qu'il est plus sage de ne pas lui donner de nom, car sa présence dépasse largement le langage ( et il est si facile de s'obstiner sur les noms qu'on donne aux choses; de plus lorsqu'on baptise, on nomme, on devient drôlement possessif). Bref, pour moi cela est de l'ordre des faits. Et non pas de la croyance. Je ne peux pas croire au fortuit de l'entreprise.

Cher Virgile, embrassez pour moi celui ou celle que vous aimez et envoyez moi cette délicieuse recette de lentilles toscanes qui fait les délices de ma bouche et le malheur de mon entourage,

Allez en paix,

B.M.

mercredi 30 avril 2008

Muhammad interrogé

Dans le sous-sol de la Chapelle, Terese et Brahma sont assis derrière une table. Devant eux se dresse une lumière vive qui aveugle le prisonnier ligoté à sa chaise. C'est Muhammad Douth, le terroriste qui est ainsi séquestré. Son lance-missile portatif à côté de lui. Terese porte les bottes de cavalière de suède beige et tient sa cravache à la main.

Muhammad porte les lunettes fumées et un turban blanc un peu mal fait; blanc, sans être immaculé. Sa colère irradie tels des charbons rougeoyants. On ne voit pas ses yeux derrière ses lunettes, mais on sent bien que son regard perce le verre et les âmes.

À l'arrière Princesse Amour recopie les entretiens et doit donner les premiers soins si jamais Terese cravachait trop fort. En voici le transcript:

T: Qui êtes-vous?
M: Je suis l'envoyé de l'Unique.
B: Qu'êtes-vous venus faire ici?
M: Chercher le vrai, purifier!

Terese vient pour le cravacher, mais Brahma lui fait un bref signe de tête exprimant la négative.

B: D'où venez-vous?
M: (Le prévenu semble déstabilisé) Euh, de loin.
B: Mais de où précisément.
M: (Il semble égaré) Je ne sais plus. Ça fait bien longtemps que je suis parti d'où je viens...
B: Depuis combien de temps?
M: (Son égarement perdure). Je ne sais plus, longtemps. J'ai perdu le fil au cours du temps.
B: Alors, si je comprends bien vous êtes partis il y a longtemps d'un endroit lointain avec comme mission de chercher le vrai.
M: Oui, c'est cela!
B: Qui vous a donné cette mission?
M: Je ne sais plus, ma communauté, moi-même, des gens influents.
B: Vous vous êtes mis en quête pour trouver le vrai?
M: Oui!
B: Et qu'est-il arrivé ensuite?
M: Je ne sais plus, j'ai marché longuement. Et je cherchais le vrai, puis je ne le trouvais pas et je poursuivais ma route. Je me suis fatigué à force de le chercher. Ensuite, je me suis mis à douter: vais-je le trouver, où est-il, vais-je être capable de le trouver? Et je suis devenu triste parce que j'étais seul dans ma quête, et là je me suis perdu, je ne trouvais plus mon chemin et la seule possibilité était de continuer à aller en avant. Mais mes questions m'ont suivi et je suis devenu très fâché. Et puis, j'ai rencontré ce fourbe chinois et nous avons pris un navire ensemble, vous nous avez capturé et je suis ici.
T: Voulez-vous nous détruire
M: OUI! Je n'ai malheureusement plus de missile dans mon lance-missile alors j'utilise mon verbe en instillant le doute en vous en vue de vous faire exploser du dedans!
(Bruit de cravache)
B: Mais qu'y gagnerez-vous?
M: (Il soupire) Et bien, je pourrais peut-être me débarrasser de mon propre doute, de ma colère, de ma tristesse.
B: Pensez-vous?
M: Non.
B: De quoi avez-vous besoin? (Terese soupire)
M: Moi?
B: Oui, vous?
M; Sans doute, de repos, du même endroit pendant un temps, de voir la mer, d'enlever mon turban et de faire guérir mes yeux.
(Il ôta ses lunettes et derrière on vit des yeux voilés, aveugles)
Vous voyez, je ne vois plus. Je ne sais plus trouver ce qui est vrai. Il ne me reste que mes questions.
(Des yeux opaques jaillissent des larmes. Il baisse la tête).

Tous restèrent silencieux, tristes et dépités.


La princesse, Terese et Brahma chuchotèrent ensemble pendant un moment. Et puis Terese prit la parole, Brahma se tenant à côté d'elle:

Voici notre verdict: nous allons confisquer votre lance-missile, nous vous logerons au frais des îliens contre de menus travaux de jardinage, vous aurez une chambre qui donne sur la mer et vous serez interdit de question pour les 6 prochains mois. En échange de cela, nous vous fournirons un chien pour vous guider et nous tenterons de guérir votre cécité. Sinon, nous vous jetterons à la mer après vous avoir cravacher de tout mon saoul.
Elle asséna un violent coup sur la table faisant voler en éclat l'ampoule qui illuminait la scène. Elle tourna les talons et quitta la salle avec furie.

M: Elle est souvent comme ça?
B: Souvent.

lundi 25 février 2008

Brahma Ménard songe et passe à l'interrogatoire

Brahma se retire souvent dans un garde-robe situé sous l'escalier qui grimpe au jubé de la chapelle. Il a installé son alcôve avec des coussins, du chauffage et une lumière: une ampoule nue que l'on allume en tirant une chaînette rouillée. C'est un recoin sec et boisé qui a tous les aspects d'une matrice proprette. Il y apporte ses livres, ses crayons et peut penser et philosopher à loisir. D'ordinaire, il y reste 2 ou 3 heures pour y produire un sermon. Il l'écrit, l'annote et le pratique même en marmonnant. À la fin de la répétition , il lève les yeux au ciel et soupire. Encore une fois, personne ne l'entendra

Brahma aimerait aider le sort de ses compatriotes, les rendre heureux. Telle est l'énergie de sa pensée: s'aider et aider les autres, en pensant mieux et en vivant mieux. Mais Brahma est frustré, car ses interventions sont mal reçues : il dérange, embête et moralise. Il pense prêcher dans le désert et sent que son énergie s'évapore dans le cosmos, sans résultats. Il ne reçoit que regards circonflexes et pupilles fuyantes comme seul paiement. Pire: les autres l'évitent. Il prêche donc sous l'escalier sans que personne ne l'entende.

D'aucuns croient que Satan Brossard et Brahma Ménard s'opposent et se détestent, chacun défaisant les actions de l'autre...mais c'est faux. Ils vivent des existences parallèles. Brahma est jaloux de Satan car il s'est libéré et fait comme bon lui semble. Il envie et admire cette liberté d'être et d'action que Satan enfourche. Satan, lui, trouve que Brahma manque d'élan, d'agressivité et de bonheur. Ça l'emmerde de se faire dire par Brahma qu'il devrait comprendre tel ou tel emmerdeur.

"Comment ressentir de la compassion pour l'autre tout en se respectant et en agissant de la manière la plus efficace qui soit?"
Telle est le sujet de sermon que Brahma fouille aujourd'hui.
Mais inopinément Satan ouvre la porte de son réduit et s'empare du petit cahierdans lequel tout est noté.

Satan: Moi, j'ai une question pour toi.
Brahma: Je crois que je suis en mesure de me poser mes propres question, Satan.
Satan: Come on, esti. Lâche tes grands airs pis écoute-moi. En plus, si t'étais si spirituellement avancé que ça, tu aurais l'humilité de penser que mes questions sont aussi bonnes les tiennes.

Brahma reste interloqué par la justesse des propos de S.

Brahma: Je t'écoute.
Satan: Qu'est-ce qui te ferait plaisir à toi?
Brahma: Sentir que je fais une différence positive dans la vie des autres, être aimé et apprécié par les autres, être reconnu comme un leader spirituel.
Satan: t'as pas déjà ça?
Brahma: Je fais chier tout le monde avec mes conseils...
Satan: Mais peut-être est-ce le lot de ton espèce: les missionnaires, les prophètes...ils n'ont jamais eu trop la cote...
Brahma: mmmm
Satan: Autre question, quelle serait pour toi une situation idéale?
Brahma: (souriant) Je donnerais des conseils à tous et cela rendrait leur vie plus heureuse, il comprendrait comment penser et cela les aiderait dans leurs actions et leur être.
Satan: J'ai l'impression que tu réussis assez bien ça pour les gens en-dehors de l'île. Je dirais même que tu es reconnu pour ça. Mais peut-être n'est-ce pas ta fonction avec nous?
Brahma: Mais il faut vous empêcher de faire vos plans scabreux! Et puis si je n'intervenais pas, ceux du dehors de l'île en baverait et finalement, on serait tous dans le trouble!
Satan: Tu vois! On fait ce que tu dis, mais on ne le fait tout de même pas de bonne grâce. Tu as donc une influence positive tant sur nous que sur les autres. Et les épargnant, nous et eux. Personne n'a dit que la vertu était facile... Sans tes admonestations la chanteuse hystérique se serait faite écrabouiller et pitcher en bas de la falaise par moi, sans autre forme de procès; le rabin roublard aurait su de quel charbon pourri il se chauffe et j'aurais personnellement détruit une partie de sa synagogue; l'employé névrosé, je l'aurais tout simplement poussé au suicide. Tu vois: la chanteuse chante ailleurs, le rabin est sur d'avoir gagné (est-ce si bien?) et l'employé pleure sous d'autres cieux. Nous sommes en paix. Je ne t'en veux pas, mais j'aurais bien aimé les écrabouiller et je ne ressens pas cette satisfaction qui m'aurait plus à les voir souffrir des mêmes affres dont ils nous ont fait souffrir . Je dois attendre le "sens" comme tu te plais à dire, d'attendre que la vie s'en charge d'elle-même...mais sache que je m'en réjouirai quand la vie leur mordra le mollet profond, profond...

(Satan marque une pause, se râcle la gorge et prend une pose tragique, imitant le drapé d'une toge classique)

Ô mon ami, cesse tes lamentations.
Que tu prêchasses en Gobi, ou en Atacama,
Tel n'est pas le cas
Ta souffrance est dans la carence
Non pas d'audience, mais d'affection.

(Satan fait une courbette de sa toge rouge et s'incline)

Brahma était saisi. Il n'avait pas réussi à comprendre que les autres suivaient ses directions, malgré eux...

Satan: Une autre question: c'est quand la dernière fois que t'as fourré?
Brahma: Voyons Satan, je suis ascète!
Satan: Une autre piste de réflexion: est-ce vraiment en reniant les fruits de la terre que l'on connaît mieux la vie??? Et puis, tu es vieux et poussiéreux. Tu t'habilles comme un prof d'université de région qui enseigne le même cours depuis 23 ans!
Brahma: Voyons, je suis ASCÈTE. Je suis au-delà la matière.
Satan: Pfffffff, arrête-moi ça. Être moche et ennuyant, c'est pas être hors de la matière, mais être pogné dedans.

Puis la princesse passa et Satan remarqua le décolleté seyant qu'elle portait.
Satan: Euhhhh, moi j'ai d'autre chose à poursuivre. Pense à ça...


Brahma voulut rentrer dans son réduit, mais se ravisa et sortit de l'église: le grand air lui ferait du bien.

jeudi 24 janvier 2008

La mort du roi

En fait...personne n'avait su comprendre assez tôt. Tous les habitants de l'île s'étaient réunis dans la petite chapelle autour du roi qui gisait sur l'autel. Personne ne savait que faire de ce monarque possédé du mal. Ils avaient convenu que le meilleur traitement eût été un exorcisme, mais personne de l'île n'était habileté à le faire. Aucun prêtre n'y habitait (bien que l'île possédât une chapelle, un presbytère flou et une cathédrale en construction) et n'y officiait. Personne ne désirait non plus la venue d'un ecclésiastique dans l'île, trop heureux et fiers de leur indépendance d'esprit. Chacun y alla de son mot sur le roi.

Terese Von Wartburg: Il n'a su accomplir toute sa richesse et sa grandeur.

Satan Brossard (qu'on avait couvert, tel un spectre de pacotille, d'un voile blanc pour pénétrer dans la chapelle) : C'était un homme bon, injustement possédé par le mal.

Gontran, chevalier: C'était mon roi.

Princesse: (à part elle) Il m'avait été promis...

Jean Courtemanche, entrepreneur: Tant de projets, et sans descendance. Je suis triste pour le roi.

Ils se regardèrent tous dans les bancs de la Chapelle et comprirent qu'ils n'étaient pas réunis autour du roi pour trouver un remède à son mal, mais pour faire son oraison funèbre et assister à sa mort. Ils joignirent les mains et le silence du deuil emplit la chapelle. Après un moment, chacun sortit à son gré.

Seul Brahma Ménard était resté dans un coin, silencieux et attentif.

Plusieurs minutes passèrent, l'air était chargé d'un épais silence, un silence de velours dans lequel on se frotte et se prélasse. Brahma se leva et se dirigea vers le monarque assoupi. En effet, bien que les habitants de l'île avait conclu à sa mort, son corps, lui, vivait toujours. Il s'approcha de l'autel et contempla le monarque dans sa noblesse et sa majesté.

Il s'agenouilla près de lui et lui murmura; majesté, maintenant, réveillez-vous, vous devez libérer votre coeur avant de nous quitter. Il toucha son épaule et le roi ouvrit les yeux et tourna la tête. Il tendit la main vers la figure de Brahma.

"Brahma, en vain j'ai tenté d'exister. J'aurais voulu que ma grandeur s'accomplisse, j'aurais voulu régner et que ma bonté s'épanouisse. Mais ce ne sera pas. Je suis attendu ailleurs et mon mal sera ma mort. En exil, je suis parti et pour mourir, je suis de retour. Ni ici, ni ailleurs est mon royaume: je n'ai rien sur quoi régner. Voilà ma fin. Je suis un roi sec, un roi sans descendance et pour cela je dois mourir. Je dois partir pour laisser la place à ce qui est et cesser de prendre la place de ce qui devrait être et ne sera pas."

Il s'approcha de moi et me baisa sur la joue, raconta Brahma. Je sentis sa grandeur et son amour me pénétrer. Je lui dis: Majesté, votre grandeur, votre amour et votre souvenir vivront à travers nous.

Il regarda le plafond de vitrail au-dessus de l'autel et son regard s'illumina, attiré par la danse des couleurs et le chatoiement des tons. Il dit: Qu'il en soit ainsi.

Ses paupières se fermèrent et son existence entama son decrescendo tranquille. Une note d'orgue vibra et un enfant entama de longues volutes cristallines, mélismes intriqués qui accompagna l'âme du défunt dans l'au-delà.

Tel fut la fin de notre roi.
L'île la pleure.

Amen.