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dimanche 3 janvier 2010

Bilan du C.A.-2009

Dans la grande salle des glaces -nouvellement inaugurée-, les rires et bruissements se faisaient ouïr parfois en fracas, en tintement, en explosion et parfois doucement. Tous avaient leur verre de Veuve coquelicot et un sourire accroché à leur lèvres. TvW passait de convive en convive récoltant félicitations et remerciements. Avec elle, une cascade de velours moiré et d'organdi perlé se propageait.

Après avoir salué tout le monde et offert des bons mots à tous, TvW se plaça à son siège derrière la table qui ceignait 3 murs de la riche pièce. Elle tinta délicatement sur son verre, et de cette coupe ciselée retentit, chatoyant, un vif argent sonore qui se logea dans l'oreille de chaque convive pour leur imposer un silence attentif.

TvW: Chers amis, dit-elle en regardant à la ronde. C'est avec un plaisir manifeste que nous nous réunissons à cette table, nous de l'île et nos plus chers invités, pour clore cette magnifique année.
Prenez place, je ferai une courte allocution!

Je voudrais tout d'abord remercier tous les habitants de l'Île pour leurs magnifiques talents et leur sens de l'Initiative. Je crois que nous formons un magnifique pays. Je voudrais aussi les remercier de leur confiance. Je crois ne pas vous avoir déçu (les convives se regardent en souriant et en hochant la tête)!

Suite à la demande des îliens de poursuivre mon engagement comme Présidente du C.A., je tiens à répondre un oui enthousiaste à cette invitation qui me passionne!

Je crois que nous devons continuer dans la même veine: augmenter notre territoire et nos infrastructures et multiplier nos contacts avec l'extérieur. Viser à attirer plus d'investissements et entreprendre des actions innovatrices et ambitieuses.

Il est important de cultiver la qualité de nos réalisations, de devenir encore meilleur dans ce que nous faisons. Je souhaite mettre de l'avant les réalisations de Satan Brossard qui commence à publier ses oeuvres (Satan dans un superbe costume, lui lève son verre et lui fait un clin d'oeil), celles de Adriana Gourd, artiste internationalement reconnue. Je souhaite aussi à remercier l'expérience de notre Jean Courtemanche, Sénateur émérite et l'apport de sagesse inestimable de Brahma Ménard qui maintient nos institutions dans le droit chemin.

Un mot aussi pour souligner la création du cercle des boulangères, composé par Princesse Amour, Reine Amertume et leur soeur Béatrice, la boulangère. Elles ont animé leur vie sociale et la nôtre. Magnifique.

Un dernier remerciement à Jésus, au Brisbane II, à mon chat Mofa, à Mohammed Douth, en retraite d'étude en ce moment, à Gontran et bien sûr à Anselme, toujours à l'étranger.

C'est le moment de fêter, car demain, ce sont de nouvelles entreprises passionnantes qui nous attendent!

Merci et Bonne année!

Mille hourras scandèrent et des serveurs entrèrent avec les mets les plus fins en quantité extravagante.

dimanche 27 avril 2008

Journ'île, Édition du dimanche 27 avril: Girouette

Aujourd'hui nous avons assisté au dernier orage de poulet: Satan, Terese et Gontran avait mis en application la directive secrète C-31 du Conseil de l'île à l'effet de poser des broches sur les toits de la Chapelle et de la Cathédrale. Lors du début de l'orage, les effets de la directive furent instantanés: les poulets tombant du ciel se sont immédiatement empalés sur les broches protégeant les toits de nos institutions et nous munissant de très jolies girouettes pour montrer la direction du vent. Bravo!

lundi 21 avril 2008

L'achèvement de la cathédrale

Pendant quelques semaines les habitants de l'île se relayèrent pour défaire la façade de la cathédrale. Pierre par pierre, ils évidèrent la paroi pour ne laisser que les pilastres porteurs. Gontran supervisait les travaux et avait troqué le heaume pour le casque de construction blanc. Vers midi, le vitrier vint et on combla les espaces créés par des vitres sans couleur. L'effet était spectaculaire: le soleil pénétrait dans l'antre gigantesque et éclairait chaque détails de la construction. La lumière de l'astre avait également eu pour effet d'assécher l'espace et de faire disparaître l'odeur de moisi qui fleurait subtile dans le lieu.

Gontran fit ensuite installer une grande scène surélevée qui occupait toute l'entrée de la cathédrale. Elle devait servir à créer des passions et des spectacles épiques. Il était fort aise.

Lorsque les ouvriers finirent de l'installer, ils sortirent de la cathédrale pour entrer chez eux. C'est à ce moment que Satan Brossard revenait de sa promenade d'après-midi où il partait en forêt pour faire peur aux animaux. Il fut intrigué par la sortie de ceux-ci et curieux de voir les nouveaux aménagements faits à la cathédrale.

Il entra et vit la scène majestueuse se déployer devant ses yeux. Les autres habitants de l'île étaient réunis pour contempler l'aspect de leur nouvel espace et les effets de leurs efforts concertés. Ils étaient souriants et satisfaits de voir le lieu s'alléger et s'illuminer. Bien qu'ils fussent ébahis par l'espace, c'est la surprenante réaction de Satan qui les étonna encore davantage: il était figé , interrompu, les yeux injectés de sang et le souffle coupé. Ensuite, tout se passa très vite: il se mit à avancer d'un pas furieux, en une droite d'un rectiligne parfait, monta sur la scène, se plaça en plein centre, ouvrit grand les bras vers le ciel. De son bas-ventre, on entendit sourdre un appel qui remonta vers sa gorge pour faire exploser ses lèvres et rejaillir dans toutes les langues de la terre disant: "je me meus, j'émeus, je suis verbe". Puis sa petite carcasse dure et rouge se transforma en guépard qui en courant vite se transforma en aigle pour se mettre à voler dans un vrombissement de cri strident emplissant l'espace de son et de mouvement et ensuite, dramatiquement faire un piqué et s'écraser sur scène pour retrouver sa forme originale, évanoui.

Tous étaient médusés du spectacle. Tous sauf Terese, qui opéra un demi-tour pour faire face à ses compatriotes et dit: "Sachez maintenant que Satan est un homme de Théâtre". Elle releva un peu plus la tête et continua" C'était à prévoir". Elle fit de nouveau demi-tour et quitta, faisant retentir ses pas sur le marbre indifférent et luisant.

jeudi 17 avril 2008

Un polaroid

Satan se promène sur l'île. Il regarde ce qui l'entoure, fait peur aux oiseaux, salue les passants, regarde les détails dans la Chapelle. Des fois, il prend des poses et joue un personnage. Il se raconte des histoires et les habite. Il aimerait bien voyager et visiter de nouveaux lieux. Il met des fois son débardeur bleu pour se pratiquer à parler, il l'ajuste dans un miroir et regarde quel air ça lui fait. Je ne sais pas s'il s'ennuie, mais il cherche quelque chose à faire. Satan est beaucoup plus heureux depuis quelques années, il s'émancipe et prend de l'aise. Étonnement, les gens l'aiment beaucoup, parce qu'il est entier et drôle.

La princesse a un peu engraissé et s'ennuie officiellement. Elle n'a pas trouvé le souverain de son coeur, quelqu'un avec qui faire des enfants, quelqu'un à aimer, une voie dans laquelle s'inscrire. Elle se demande si Gontran le chevalier pourrait être sa moitié, mais rien ne surgit.

Terese s'occupe des comptes et ne se soucit pas trop. Elle attend le moment propice pour capitaliser et investir, mais aucun investisseur ne s'est encore présenté. Elle est patiente et attentive.

Jean courtemanche se donne pleinement aux modèles miniatures, sous l'oeil bienveillant et indifférent de son épouse Réjeanne.

Louis-Michel se lime les ongles et écrit sa biographie. Il s'est acheté un ensemble Prada en lin et le regarde plusieurs fois par jour.

Adrianna Gourd a des gaz. Elle n'est pas trop en forme ces derniers temps et prend des médicaments naturels, surnaturels et pharmaceutiques.

Brahma Ménard médite et doute des ses convictions: l'ordinaire, quoi.

Et moi? Moi, je me questionne et je me demande quelle direction prendre. J'arrive à trouver les questions intéressantes, des fois encombrantes, toujours trop présentes. C'est fou comme on se répète. Nous sommes des répétitions variées d'une même histoire. Bien que ce soit la même histoire, on la trouve intéressante et effrayante.

lundi 14 avril 2008

Journ'île, Édition du Lundi 14 avril: Immigrants néfastes

Ce fut à grand renfort de force et de brouhahahah que Gontran, notre pieux chevalier a mis la main sur deux immigrants illégaux venus d'un de ces pays étrangers, plein de mauvaises intentions, de gens sournois et voleurs. Il s'appellent Muhammad douth et Kha-seu. Ils ne semblent pas parler la même langue et venir du même pays, mais proviennent de ce bateau fantôme qui erraient proche de notre littoral. Ils ont été enfermés dans le sous-sol de la chapelle dans deux armoires à balai séparées. Ils sont sous observation. Terese VW les interrogera demain.

dimanche 30 mars 2008

Terese scrute

Elle avait convoqué tous les habitants de l'île à sa réunion. Terese les attendait dans le milieu de la cathédrale avec un casque de construction sur la tête, mais habillée d'une jupe de suède et de ses bottes assorties. C'était en tant que présidente tournante qu'elle avait organisée cette réunion/groupe de travail/ commission d'enquête sur la cathédrale. Tous y étaient allés à contrecoeur. Tout le monde savait bien que la construction traînait en longueur et que l'essoufflement s'était mis de la partie. Jean Courtemanche ne s'était pas présenté à la réunion se sentant encore un peu déprimé et trop pris par le sujet. Il préférait entendre le verdict après la plénière.
Elle fit dresser une table au coeur du transept et s'assit au centre de la table. Elle disposa ses papiers devant elle et mis ses lunettes de lecture. Voici un extrait de son allocution:

"Chers amis,
Je me questionne sur la présence de cette cathédrale en notre île et j'essaie de comprendre quel est son problème. Notre constructeur est en burn out et le flou semble nimber ce projet. Je sais que tous taisent une partie des sentiments qu'ils ressentent face à cette bâtisse. Un silence épais et tacite règne parmi nous et je crains que cette situation n'enlève la vivacité à notre communauté.

Je commencerai par m'exprimer au sujet de cette cathédrale. Lorsque que je suis arrivé cette année au sein de l'île, je me suis dit en arrivant en bateau que c'était une construction bien énorme pour une si petite île. Majestueuse, imposante, forte, mais tout de même disproportionnée. Je me suis dit en moi-même: quelle drôle d'idée d'avoir une chapelle et une cathédrale sur une même île. Je me demande parfois à quoi elle sert: nous n'y allons jamais car son intérieur est lugubre et froid et nous avons déjà notre église pour nous-mêmes. En plus, personne ici n'est religieux et nous n'avons pas de ministre et n'en voulons pas. Les touristes sont rares (5 par jours!): elle ne sert finalement que très peu et à peu de gens.

L'autre problème est qu'elle nous apparaisse difficilement. Puisqu'il y fait si sombre, il est difficile d'y voir à l'intérieur. Et c'est aussi vrai pour l'extérieur! Elle est si haute et près de la chapelle qu'on ne peut s'imaginer son ampleur véritable. Je défie quiconque de la bien dessiner!

Je sais que Brahma et la princesse la trouvent impersonnelle, que Satan la trouve froide, que Gontran en est fier, que Jean ne sait plus comment s'y lier. Il y a bien Adrianna Gourd qui la trouve majestueuse et élevée. Moi, je crois que c'est un symbole appréciable, digne de fierté, mais trop proche de nous."
Tout le monde se regardait les pieds.
Terese repartit de plus belle:

"Personne n'a remarqué que sa construction était terminée. Il y manque toujours des festons, de gargouilles et autres détails architecturaux, mais la cathédrale est. Je constate aussi qu'il n'y a eu aucune cérémonie d'inauguration, que personne ne l'a investi. Alors voici ma question: qu'allons-nous en faire?"

Tous semblaient éluder la question.

"Voici les options: 1)la détruire 2)l'investir 3) la déplacer"

Gontran s'exclama:" Nous devrions faire en sorte que la façade soit en verre, ainsi la lumière entrerait. Le soleil y pénètrerait grandiose!"

Tous se tournèrent vers lui, interloqués et surpris.

"Et on pourrait aussi y donner des pièces de théâtre, des passions, des concerts, des sonneries."

Terese était médusée. "Je t'en charge" lui dit-elle.
Gontran souriait et tous les autres îliens le regardèrent avec admiration et soulagement.

Brahma dit alors: "La meilleure solution serait de la distancier réellement ou que l'on construise d'autres bâtiments afin qu'elle se perde parmi d'autres, mais avant que cela ne se fasse je crois que nous devrions construire un ruisseau pour nous en séparer. Nous pourrions y jeter un ponceau afin qu'il réunisse les deux terres d'église.

Tous se regardèrent et se levèrent bruyamment, contents d'avoir trouvé une solution.

jeudi 24 janvier 2008

La mort du roi

En fait...personne n'avait su comprendre assez tôt. Tous les habitants de l'île s'étaient réunis dans la petite chapelle autour du roi qui gisait sur l'autel. Personne ne savait que faire de ce monarque possédé du mal. Ils avaient convenu que le meilleur traitement eût été un exorcisme, mais personne de l'île n'était habileté à le faire. Aucun prêtre n'y habitait (bien que l'île possédât une chapelle, un presbytère flou et une cathédrale en construction) et n'y officiait. Personne ne désirait non plus la venue d'un ecclésiastique dans l'île, trop heureux et fiers de leur indépendance d'esprit. Chacun y alla de son mot sur le roi.

Terese Von Wartburg: Il n'a su accomplir toute sa richesse et sa grandeur.

Satan Brossard (qu'on avait couvert, tel un spectre de pacotille, d'un voile blanc pour pénétrer dans la chapelle) : C'était un homme bon, injustement possédé par le mal.

Gontran, chevalier: C'était mon roi.

Princesse: (à part elle) Il m'avait été promis...

Jean Courtemanche, entrepreneur: Tant de projets, et sans descendance. Je suis triste pour le roi.

Ils se regardèrent tous dans les bancs de la Chapelle et comprirent qu'ils n'étaient pas réunis autour du roi pour trouver un remède à son mal, mais pour faire son oraison funèbre et assister à sa mort. Ils joignirent les mains et le silence du deuil emplit la chapelle. Après un moment, chacun sortit à son gré.

Seul Brahma Ménard était resté dans un coin, silencieux et attentif.

Plusieurs minutes passèrent, l'air était chargé d'un épais silence, un silence de velours dans lequel on se frotte et se prélasse. Brahma se leva et se dirigea vers le monarque assoupi. En effet, bien que les habitants de l'île avait conclu à sa mort, son corps, lui, vivait toujours. Il s'approcha de l'autel et contempla le monarque dans sa noblesse et sa majesté.

Il s'agenouilla près de lui et lui murmura; majesté, maintenant, réveillez-vous, vous devez libérer votre coeur avant de nous quitter. Il toucha son épaule et le roi ouvrit les yeux et tourna la tête. Il tendit la main vers la figure de Brahma.

"Brahma, en vain j'ai tenté d'exister. J'aurais voulu que ma grandeur s'accomplisse, j'aurais voulu régner et que ma bonté s'épanouisse. Mais ce ne sera pas. Je suis attendu ailleurs et mon mal sera ma mort. En exil, je suis parti et pour mourir, je suis de retour. Ni ici, ni ailleurs est mon royaume: je n'ai rien sur quoi régner. Voilà ma fin. Je suis un roi sec, un roi sans descendance et pour cela je dois mourir. Je dois partir pour laisser la place à ce qui est et cesser de prendre la place de ce qui devrait être et ne sera pas."

Il s'approcha de moi et me baisa sur la joue, raconta Brahma. Je sentis sa grandeur et son amour me pénétrer. Je lui dis: Majesté, votre grandeur, votre amour et votre souvenir vivront à travers nous.

Il regarda le plafond de vitrail au-dessus de l'autel et son regard s'illumina, attiré par la danse des couleurs et le chatoiement des tons. Il dit: Qu'il en soit ainsi.

Ses paupières se fermèrent et son existence entama son decrescendo tranquille. Une note d'orgue vibra et un enfant entama de longues volutes cristallines, mélismes intriqués qui accompagna l'âme du défunt dans l'au-delà.

Tel fut la fin de notre roi.
L'île la pleure.

Amen.