Cette fois-ci, il ne pleurait pas. Il avait étendu ses excréments partout sur les murs et me fixait durement dans ses vêtements souillés. Je comprenais bien qu'il avait fait cela pour me punir de ne pas être venu le visiter plus tôt. Je pris un seau et une brosse et je me mis en frais de laver les murs. Une odeur d'urine séchée et de merde alourdissait la pièce. Je sentis qu'il devint plus léger à mesure que j'avançais dans l'ouvrage. D'une manière, je m'occupais de lui et je savais qu'il avait raison de se venger, alors je ne montrais aucun signe de mécontentement.
Un peu après, je sentis qu'il s'agitait, qu'il voulait se mouvoir. Je posai la brosse et vint m'asseoir à côté de lui. Je le sentais heureux et touché.
"À quoi rêves-tu?"
"Je rêve à des chèvres: elles montent dans la montagne et gambadent"
"Pourquoi des chèvres?"
"Parce qu'elles sont seules et avec les autres. Et que les loups peuvent les manger"
"Je vais t'acheter de nouveaux vêtements et aussi des crayons à colorier et du papier.
J'aimerais que tu apprennes à faire quelques chose entretemps. C'est toi qui choisis"
"Je vais apprendre à attacher mes lacets. J'ai quelque chose à te demander à mon tour: n'attends pas que je m'ennuie avant de venir. N'attends pas que je devienne fou et malheureux avant de penser à moi. Pourquoi ne t'occupes-tu pas de moi spontanément?"
Je mis à pleurer, debout face à lui dans le milieu de la pièce et lui criai:" Parce que j'ai peur!"
J'ai peur de toi. J'ai peur de moi.
Il me regarda et dit: Demain, je mettrai des vêtements propres et mardi, je saurai faire les lacets. Viens mardi.
jeudi 9 octobre 2008
lundi 6 octobre 2008
Une princesse vieillie, mais lucide
Princesse Amour se regarde dans le miroir. Elle a quelques rides et un regard plus acéré. D'innombrables prétendants se sont succédés en audience privée et personne n'en est reparti avec son coeur sous la cape.
Elle se regarde dans le miroir, sans doute un peu fatiguée et durcie. Elle se connaît maintenant, elle et ses envolées fracassantes. Très haut et puis, FLOUC...elle s'écrase par terre. Comme un goéland en indigestion de frites.
Ses pages lui ont ramené la rumeur que le Marquis de l'O. s'approchait de ses terres et qu'on prévoyait une chasse où des entretiens secrets auraient lieu. Princesse se prépare et on ne lui a jamais connu un regard aussi déterminé. Elle se sourit, car elle se sait devenir Reine. Pour le meilleur et pour le pire.
Parlons, négocions et l'on verra.
Elle se regarde dans le miroir, sans doute un peu fatiguée et durcie. Elle se connaît maintenant, elle et ses envolées fracassantes. Très haut et puis, FLOUC...elle s'écrase par terre. Comme un goéland en indigestion de frites.
Ses pages lui ont ramené la rumeur que le Marquis de l'O. s'approchait de ses terres et qu'on prévoyait une chasse où des entretiens secrets auraient lieu. Princesse se prépare et on ne lui a jamais connu un regard aussi déterminé. Elle se sourit, car elle se sait devenir Reine. Pour le meilleur et pour le pire.
Parlons, négocions et l'on verra.
vendredi 19 septembre 2008
Une visite à l'ogre
Il était recroquevillé au centre de la pièce, avachi sur le plancher poussiéreux et il pleurait. Non pas des pleurs sereins et résignés, mais des soubresauts tragiques et déchirants. Je le regardais, triste et honteux de cacher cet être si négligé et peu encouragé en moi dans cette pièce. Je ne pouvais faire autrement que de le regarder de biais. Et moi aussi, j'étais triste. Dans un coin de la pièce, gisait une poupée de chiffon sale et désarticulée. Aussi une girafe en plastique.
Je m'approchai de lui et ai eu le courage de le regarder en face. Je suis responsable de lui comme des autres, après tout, me suis-je dit. Il cessa de pleurer peu à peu, intrigué par ma visite. Je vins ensuite m'asseoir à côté de lui, assez proche pour que nos vêtements se touchent. Nous restâmes ainsi côte-à-côte pendant un long moment, cois. Puis, il frétilla maladroitement pour se gratter, car il semblait être atteint d'une vermine quelconque. Il regarda de biais, honteux.
"Bonjour, l'ogre" dis-je.
On sentit le malaise l'envahir: quelqu'un lui parlait.
"Bonjour." dit-il à mi-voix et en jouant avec son pantalon.
Pourquoi pleures-tu? Tu sembles si triste.
Il recommence à pleurer.
Parce que je suis enfermé, parce que personne ne vient me voir. Je me sens si seul, avec mes malheurs, avec ma peine, avec mon histoire.
Pourquoi es-tu descendu me voir? Reviendras-tu? La première phrase avait été dite avec une crainte et l'autre avec un franc espoir.
Je suis venu te voir car tu pleurais et parce que je me sentais coupable.
Il semblait parfaitement étonné.
Tu te sens coupable? Pourquoi?
Parce que je crée ton malheur. Parce que tu ne te répares pas.
Il semblait ne pas comprendre tout-à-fait...
Je mis ma main sur son pantalon et je lui dis: je t'aime. Je vais revenir te voir.
Je quittai la pièce et fermai la porte que je laissai cette fois déverrouillé. Je l'entendis ronfler.
Je m'approchai de lui et ai eu le courage de le regarder en face. Je suis responsable de lui comme des autres, après tout, me suis-je dit. Il cessa de pleurer peu à peu, intrigué par ma visite. Je vins ensuite m'asseoir à côté de lui, assez proche pour que nos vêtements se touchent. Nous restâmes ainsi côte-à-côte pendant un long moment, cois. Puis, il frétilla maladroitement pour se gratter, car il semblait être atteint d'une vermine quelconque. Il regarda de biais, honteux.
"Bonjour, l'ogre" dis-je.
On sentit le malaise l'envahir: quelqu'un lui parlait.
"Bonjour." dit-il à mi-voix et en jouant avec son pantalon.
Pourquoi pleures-tu? Tu sembles si triste.
Il recommence à pleurer.
Parce que je suis enfermé, parce que personne ne vient me voir. Je me sens si seul, avec mes malheurs, avec ma peine, avec mon histoire.
Pourquoi es-tu descendu me voir? Reviendras-tu? La première phrase avait été dite avec une crainte et l'autre avec un franc espoir.
Je suis venu te voir car tu pleurais et parce que je me sentais coupable.
Il semblait parfaitement étonné.
Tu te sens coupable? Pourquoi?
Parce que je crée ton malheur. Parce que tu ne te répares pas.
Il semblait ne pas comprendre tout-à-fait...
Je mis ma main sur son pantalon et je lui dis: je t'aime. Je vais revenir te voir.
Je quittai la pièce et fermai la porte que je laissai cette fois déverrouillé. Je l'entendis ronfler.
mardi 16 septembre 2008
La plaine
Je regarde devant moi et il y a une plaine infinie. Les blés se meuvent au gré du vent et le soleil dore les grains. Peut-être y a-t-il aussi un cours d'eau au loin, un peu de relief quoi, pour créer de l'intérêt. Je regarde et je me sens bien. Un peu las sans doute, mais rien de bien dense comme sensation. Derrière moi, je le sais, il y a une maison, c'est la mienne. Elle ressemble beaucoup à celles que l'on dessine quand on a 4 ans. Un toit en pignon, dans le centre du pignon, une fenêtre, sous la fenêtre une porte. J'y reste seul. J'y invite bien des étrangers quelques fois, mais ils ne restent que rarement pour la nuit. Pas 2 nuits. Ils n'ont pas vraiment de raison de ne pas rester, c'est juste ainsi. Peut-être, reste-je trop en retrait? Peut-être n'y a-t-il pas assez d'emploi dans la région? Peut-être, peut-être. C'est la réponse aux questions sans réponses auxquelles on essaie de répondre seulement parce que l'on se sent mal à l'aise devant les questions. À ces questions, on devrait faire comme aux enfants de 4 ans: Parce que. Donc personne ne reste à coucher...
Personne, sauf évidemment Louis-Michel avec qui je blague, avec qui je fais des soupers, avec qui je dors quand je me sens seul. Louis-Michel mon antidote à moi-même, celui qui réussit à m'aimer dans toutes les situations et à faire de cette maison un paysage continuellement ensoleillé, qui ne permet que les clairs-obscurs des nuages passant sur les herbes, celui avec qui il fait bon se terrer durant l'orage ou la nuit, la chandelle allumée parlant de son éclat sur les murs peints à la chaux.
À ma droite, un cercle d'hommes nus qui se courent après. L'un veut celui d'en avant, et ainsi de suite. Ils courent et ne s'attrapent jamais. Un mouvement ridicule du désir où chacun veut toujours l'autre sans jamais l'atteindre.
Plusieurs solutions:
1) Mettre une roue au milieu et les obliger à moudre le grain
2) Les tuer un par un et les fumer. Beaucoup de sang.
3) Me mettre à crier, à pleurer et leur faire si peur qu'ils partent.
Des fois je cours aussi dans le cercle et je finis par avoir mal au coeur et je sors. Ça me fatigue.
Je regarde donc devant moi et je vois la plaine. Le cercle d'homme nu a disparu et je n'entends que le bruissement du vent dans l'herbage. Des fois, une peine vient me lacérer l'âme, mais rapidement, je respire et je sais que ma maison est derrière moi. Pignon, fenêtre, porte. Possiblement L-.M.
Personne, sauf évidemment Louis-Michel avec qui je blague, avec qui je fais des soupers, avec qui je dors quand je me sens seul. Louis-Michel mon antidote à moi-même, celui qui réussit à m'aimer dans toutes les situations et à faire de cette maison un paysage continuellement ensoleillé, qui ne permet que les clairs-obscurs des nuages passant sur les herbes, celui avec qui il fait bon se terrer durant l'orage ou la nuit, la chandelle allumée parlant de son éclat sur les murs peints à la chaux.
À ma droite, un cercle d'hommes nus qui se courent après. L'un veut celui d'en avant, et ainsi de suite. Ils courent et ne s'attrapent jamais. Un mouvement ridicule du désir où chacun veut toujours l'autre sans jamais l'atteindre.
Plusieurs solutions:
1) Mettre une roue au milieu et les obliger à moudre le grain
2) Les tuer un par un et les fumer. Beaucoup de sang.
3) Me mettre à crier, à pleurer et leur faire si peur qu'ils partent.
Des fois je cours aussi dans le cercle et je finis par avoir mal au coeur et je sors. Ça me fatigue.
Je regarde donc devant moi et je vois la plaine. Le cercle d'homme nu a disparu et je n'entends que le bruissement du vent dans l'herbage. Des fois, une peine vient me lacérer l'âme, mais rapidement, je respire et je sais que ma maison est derrière moi. Pignon, fenêtre, porte. Possiblement L-.M.
jeudi 28 août 2008
Terese regarde ses papiers
Les conclusions de Terese sont claires. Pour l'instant, ses possibilités d'expansion sont réduites. Elle est bien fatiguée, se masse les tempes, a refait ses comptes, ses projections alignées, les colonnes changées de côté...mais rien n'y fait...
Tant qu'une décision grave et irréversible ne soit prise ou qu'un changement soudain se produise, la situation restera sensiblement la même.
Elle se verse un scotch, flatte mofa et le repousse. De son bureau, elle contemple son empire, l'île, et soupire. Un soupir sans grande émotion, mais plutôt de fatigue.
Tant qu'une décision grave et irréversible ne soit prise ou qu'un changement soudain se produise, la situation restera sensiblement la même.
Elle se verse un scotch, flatte mofa et le repousse. De son bureau, elle contemple son empire, l'île, et soupire. Un soupir sans grande émotion, mais plutôt de fatigue.
jeudi 21 août 2008
Grimpant, en-dedans
L'arbre pousse dans le puits que je suis.
Il sinue, lierre.
Il tend, if.
Il rugue, chêne.
Les feuilles sont épaisses, d'un vert sombre.
Parfois même, il chante. Doucement. Humblement.
Les lèvres closes.
Il sinue, lierre.
Il tend, if.
Il rugue, chêne.
Les feuilles sont épaisses, d'un vert sombre.
Parfois même, il chante. Doucement. Humblement.
Les lèvres closes.
vendredi 11 juillet 2008
L'ogre du fond de la cave
L'ogre dort, il ronfle. D'autres silhouettes endormies bougent au gré de leur respiration.
Muhammad de son bâton le touche et lui pose des questions. Qui es-tu, que fais-tu? que veux-tu? Et l'ogre se retourne dans son sommeil, grommelle, manifeste son mécontentement et retourne à son sommeil.
On a bien peur du réveil de l'ogre. Est-ce vraiment judicieux que de réveiller un danger qui sommeille afin de savoir s'il est véritablement endormi et s'il est bénin?
Cette nuit, l'ogre s'est réveillé parce que Muhammad n'a pas cessé de l'asticoter de son bâton. Il s'est levé ensommeillé et s'est mis à hurler en se tapant la poitrine. Qui ose troubler mon sommeil? Puis tous ont eu une peur bleue et l'ogre fatigué s'est rendormi.
Et depuis l'ogre dort, mais d'un sommeil plus léger. Espérons qu'il reste bien endormi. Pour cela, Muhammad devrait bien se tenir et aller questionner d'autres gens qui ont de meilleures choses à livrer.
Muhammad de son bâton le touche et lui pose des questions. Qui es-tu, que fais-tu? que veux-tu? Et l'ogre se retourne dans son sommeil, grommelle, manifeste son mécontentement et retourne à son sommeil.
On a bien peur du réveil de l'ogre. Est-ce vraiment judicieux que de réveiller un danger qui sommeille afin de savoir s'il est véritablement endormi et s'il est bénin?
Cette nuit, l'ogre s'est réveillé parce que Muhammad n'a pas cessé de l'asticoter de son bâton. Il s'est levé ensommeillé et s'est mis à hurler en se tapant la poitrine. Qui ose troubler mon sommeil? Puis tous ont eu une peur bleue et l'ogre fatigué s'est rendormi.
Et depuis l'ogre dort, mais d'un sommeil plus léger. Espérons qu'il reste bien endormi. Pour cela, Muhammad devrait bien se tenir et aller questionner d'autres gens qui ont de meilleures choses à livrer.
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